Un solde RTT qui arrive à échéance fin juin ne devient ni automatiquement payable ni automatiquement perdu. En 2026, il faut d’abord relire l’accord collectif qui fixe le calendrier, les jours imposables et les possibilités de report ou de rachat.
Fin juin, le compteur fait sa loi
Le 30 juin n’est pas une date prévue par le Code du travail pour solder tous les JRTT. La période de référence dépend de l’accord d’entreprise ou, à défaut, de l’accord de branche. Certaines entreprises fonctionnent sur l’année civile, du 1er janvier au 31 décembre. D’autres suivent une période allant du 1er juin au 31 mai, souvent alignée sur la période de prise des congés payés.
Dans ce second cas, le 31 mai 2026 peut marquer la fin de la période de référence. Le mois de juin devient alors un temps de vérification, de prise des jours restants ou de traitement du reliquat, mais seulement si l’accord prévoit ces modalités. Une entreprise qui parle de solde RTT fin juin applique donc peut-être une règle interne, pas une échéance nationale.
L’article L3121-44 du Code du travail confie à l’accord collectif la fixation des modalités d’aménagement du temps de travail. Le texte peut préciser la période de référence, les conditions de prise des repos, les délais de prévenance et la part des jours fixée par l’employeur. Le calendrier se trouve dans l’accord, pas dans une règle générale gravée au 30 juin.
Le compteur ne joue pas au fantôme
Avant de réclamer un paiement, reconstituez le solde. Comparez le compteur affiché sur le logiciel RH ou le bulletin de paie avec les jours acquis et les jours déjà posés. Un changement d’employeur, une absence longue, un passage à temps partiel ou un mi-temps thérapeutique peut modifier le calcul prévu par l’accord.
La formule d’acquisition n’est pas identique partout. Dans une organisation à 39 heures, l’accord peut prévoir des jours de repos calculés sur les heures effectuées au-delà de 35 heures. Dans une organisation annualisée, le résultat peut dépendre du calendrier de travail et des absences. Le nombre de RTT attendu ne se déduit donc pas d’un simple copier-coller entre collègues.
Demandez la version complète de l’accord d’entreprise, de la convention collective ou de la note de service qui encadre les JRTT. Le CSE peut orienter les salariés vers le texte applicable. Une ligne « RTT restant » donne un indice, mais elle ne remplace pas la règle qui explique comment ce nombre a été obtenu.
RTT imposés, chef d’orchestre sous contrôle
L’employeur peut fixer certaines dates de RTT lorsque l’accord collectif lui attribue cette possibilité. Il doit respecter la proportion prévue et le délai de prévenance indiqué dans l’accord. Il ne peut pas décider au dernier moment que la totalité du compteur sera imposée si le texte réserve une partie des jours au choix du salarié.
La fermeture de l’entreprise autour d’un pont constitue un cas fréquent. L’accord peut prévoir que la journée de fermeture sera couverte par un JRTT, un congé payé ou un autre dispositif. La réponse dépend de la règle interne et de l’information communiquée aux salariés. Un pont n’est pas automatiquement un RTT, même quand le calendrier donne envie de le croire.
À l’inverse, un jour demandé par le salarié n’est pas acquis tant que l’employeur ne l’a pas validé selon la procédure habituelle. Une demande envoyée par courriel, un refus motivé par la charge de travail et une nouvelle proposition de date permettent de garder une trace du calendrier. Le fameux « on verra plus tard » devient beaucoup moins pratique quand le compteur approche de son échéance.
Le refus d’une date imposée dans le respect de l’accord peut exposer à une sanction disciplinaire. Cette conséquence dépend toutefois de la régularité de la date, du délai de prévenance et du contenu exact de l’accord. Il faut vérifier ces éléments avant de qualifier le refus de manquement.
Poser ou reporter, le casse-tête des dates
Prendre ses jours sans jouer au calendrier mystique
La première solution consiste à prendre les JRTT avant la fin de la période prévue. Si plusieurs jours restent disponibles, proposez des dates précises et vérifiez leur validation dans l’outil RH. Une absence non validée ne protège pas contre la perte du jour à l’échéance.
Le report n’est pas un droit général. L’accord collectif peut l’autoriser pour une durée déterminée, avec une limite de quelques mois, ou prévoir une règle différente en cas d’absence ou d’impossibilité de prendre les jours. Sans clause de report, l’employeur peut refuser le transfert du solde vers la période suivante.
Le CET, la boîte à jours sous conditions
Lorsqu’un compte épargne-temps existe, l’accord qui l’a créé peut autoriser le dépôt de JRTT non pris. Le plafond, le nombre de jours transférables, les délais et les conditions d’utilisation sont fixés par le dispositif applicable dans l’entreprise. Le CET n’est donc pas une boîte universelle dans laquelle tous les jours peuvent être rangés sans limite.
Un plan d’épargne retraite collectif peut également prévoir l’affectation de certains jours ou droits. Les conditions fiscales et sociales dépendent alors du dispositif et du texte en vigueur. Vérifiez le règlement du plan avant d’arbitrer entre repos immédiat, épargne et paiement.
Racheter ses RTT, la caisse n’est pas automatique

La loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat a prévu, sous conditions, un mécanisme de conversion de certains jours de repos en rémunération. Ce texte ne signifie pas qu’un salarié peut imposer le rachat de son solde à chaque échéance. Pour une demande en 2026, il faut examiner le texte en vigueur, la période d’acquisition et l’accord applicable dans l’entreprise.
La demande ne se calcule pas en prenant mécaniquement le salaire mensuel et en le divisant par un nombre standard de jours. La valorisation dépend de la nature des jours, de l’accord collectif, du mode de décompte du temps de travail et du régime social et fiscal applicable. Le montant annoncé par la paie ou le service RH doit préciser la base retenue et la majoration éventuelle.
Un salarié peut demander la monétisation d’un reliquat, mais l’employeur n’a pas forcément l’obligation d’accepter. La demande doit préciser le nombre de jours concernés, la période d’acquisition et le fondement utilisé. Un RTT non pris n’est pas une créance payable sur simple demande.
Quand le jour perdu revient dans le dossier
La situation change lorsque le salarié n’a pas pu prendre ses JRTT en raison d’un refus répété, d’une fermeture imposée ou d’une organisation de travail qui a empêché la prise des jours. Il faut distinguer deux cas : le salarié n’a pas demandé ses jours, ou l’employeur a empêché leur prise malgré des demandes formulées dans les délais.
Dans le second cas, conservez les courriels, les demandes déposées dans l’outil RH, les réponses du manager et les comptes rendus d’entretien. Ces éléments ne prouvent pas automatiquement un droit au paiement, mais ils permettent d’établir la chronologie et la cause de la non-prise des jours.
Un accord peut prévoir une procédure de régularisation ou une possibilité de report lorsque l’impossibilité vient de l’employeur. À défaut d’accord, un litige portant sur un rappel de salaire relève notamment du conseil de prud’hommes. L’article L3245-1 du Code du travail fixe à trois ans le délai de prescription des actions relatives au salaire, avec un calcul qui dépend de la nature exacte de la demande.
Le mode d’emploi contre le compteur fantôme
- Récupérez la règle écrite. Consultez l’accord RTT, la convention collective, la note de fermeture et le règlement du CET ou du plan d’épargne retraite collectif.
- Reconstituez le solde. Notez les jours acquis, les jours posés, les jours imposés et les absences ayant pu modifier le calcul.
- Demandez une réponse écrite. Adressez au service RH une demande précise de prise, de report ou de monétisation, avec les dates et le nombre de jours concernés.
- Archivez les refus. Si une demande a été refusée pour cause de surcharge ou de projet urgent, gardez la réponse et proposez une nouvelle date.
- Faites-vous accompagner si le désaccord persiste. Le CSE, un défenseur syndical, l’inspection du travail pour une information générale ou un professionnel du droit peuvent aider à qualifier la situation.
Fin juin 2026, le bon réflexe n’est donc pas de réclamer automatiquement un paiement. Vérifiez la période de référence, le pouvoir donné à l’employeur et la trace des demandes de prise. Le compteur RTT n’a rien d’un coffre-fort : il obéit à un texte, à des dates et à des traces écrites. Le suspense peut rester aux séries télé.
Sources et références scientifiques
- Martin Geffrault. Solde RTT fin juin 2026 : imposé ou payé?. 2026.
