Cette simulation de bulletin porte sur un gardien de la paix titulaire à l’échelon 3. Le brut atteint 2 854,64 € avant les heures supplémentaires, mais le montant versé dépend ensuite des cotisations, de l’affectation et de la situation fiscale.
Le brut ouvre le bal, l’indice tient la baguette
Le calcul retient le cas d’un gardien de la paix titulaire, situé autour de cinq ans après l’entrée en école, affecté en sécurité publique en province, hors secteur difficile. Le profil comprend un service de nuit régulier et deux enfants à charge. Il n’intègre ni indemnité de résidence, ni indemnité de fidélisation, ni prime liée à une affectation particulière, ni heures supplémentaires.
La première ligne est le traitement indiciaire. Son montant dépend de l’indice majoré et de la valeur mensuelle du point. Pour l’échelon 3 retenu au 1er janvier 2026, l’indice majoré est fixé à 381. La valeur utilisée pour le point d’indice est de 4,92278 € brut par mois, montant inchangé depuis juillet 2023.
381 × 4,92278 € = 1 875,58 € brut mensuel.
Ce traitement forme la base du bulletin, pas son total. Une hausse peut venir d’un changement d’échelon, d’une prime ou d’une indemnité liée au service. La grille du grade comporte plusieurs échelons, et le traitement progresse avec l’ancienneté et l’avancement. La valeur du point, elle, reste celle retenue dans cette simulation pour 2026.
Les primes passent devant la caisse
Les primes retenues ajoutent 979,06 € au traitement indiciaire. L’ISSP, l’allocation de maîtrise, le supplément familial de traitement et l’indemnité de nuit composent le brut de ce profil. C’est là que la fiche de paie cesse de ressembler à une simple multiplication d’indice.
ISSP, la grosse ligne qui ne fait pas tapisserie
L’indemnité de sujétions spéciales de police, ou ISSP, représente 28,5 % du traitement indiciaire brut dans cette reconstitution. Sur 1 875,58 €, elle atteint 534,54 € brut par mois.
Le dispositif trouve son origine dans le décret n° 58-517 du 29 mai 1958. Son régime d’attribution est notamment encadré par le décret n° 2013-617 du 11 juillet 2013. L’indemnité tient compte des contraintes attachées aux fonctions de police, comme la disponibilité, le port de l’arme, les astreintes et les sujétions opérationnelles.
Le taux et les conditions de versement ne sont pas identiques à chaque étape de la carrière. Un élève gardien de la paix ne perçoit pas l’allocation de maîtrise et ne bénéficie pas du même niveau d’ISSP. L’écart entre la formation et la titularisation ne se lit donc pas uniquement dans le traitement de base.
Maîtrise, famille et nuit : le trio qui chiffre
L’allocation de maîtrise ajoute 319,58 € brut par mois. Dans cette reconstitution, elle n’entre pas dans l’assiette de la pension civile. Elle explique une partie de l’écart entre le traitement indiciaire et le brut affiché sur le bulletin.
Le supplément familial de traitement, ou SFT, dépend des enfants à charge. Pour deux enfants, le barème retenu en 2026 prévoit 10,67 € auxquels s’ajoutent 3 % du traitement indiciaire brut.
10,67 € + 3 % de 1 875,58 € = 66,94 € brut mensuel.
Lorsque les deux parents sont agents publics, un seul peut percevoir le SFT. La ligne dépend donc de la situation déclarée, et ne se double pas automatiquement dans un couple de fonctionnaires.
Le travail de nuit est rémunéré par un forfait mensuel lié à l’amplitude du service entre 21 heures et 6 heures. Le barème utilisé prévoit 25 € pour une amplitude inférieure à 11 heures, 58 € entre 11 et 12 heures et 92 € au-delà de 12 heures. Une majoration de 75 € peut s’ajouter en cas de travail continu entre minuit et 5 heures. Le calcul présenté retient le forfait intermédiaire de 58 €.
Du brut au net, la soustraction fait foi
Le montant viré ne se déduit pas du traitement indiciaire seul. Il faut partir du brut total, puis appliquer les cotisations propres à la fonction publique d’État.
La reconstitution suivante porte sur les lignes permanentes du bulletin, hors heures supplémentaires et indemnités liées à une affectation particulière.
| Élément de rémunération | Montant mensuel |
|---|---|
| Traitement indiciaire brut | 1 875,58 € |
| ISSP à 28,5 % | 534,54 € |
| Allocation de maîtrise | 319,58 € |
| Supplément familial pour deux enfants | 66,94 € |
| Indemnité de travail de nuit | 58,00 € |
| Brut mensuel total | 2 854,64 € |
Les cotisations salariales atteignent 558,33 €, soit 19,6 % du brut dans cette simulation. La pension civile représente à elle seule 11,10 % de l’assiette composée du traitement indiciaire et de l’ISSP. Cette assiette atteint 2 410,12 € pour le profil étudié.
La fonction publique d’État n’applique pas les mêmes retenues que le régime salarié du privé. Cette reconstitution ne comporte notamment ni cotisation Agirc-Arrco ni cotisation d’assurance chômage. La pension civile pèse en revanche fortement dans les prélèvements. Deux personnes peuvent donc afficher le même brut et obtenir des nets différents selon leur régime.
Après les cotisations, le net avant impôt ressort à 2 296,31 €. Le net imposable atteint 2 377,64 €, car la CSG non déductible et la CRDS sont réintégrées dans cette base. Le net imposable n’est donc pas le montant qui arrive sur le compte.
| Repère sur le bulletin | Montant |
|---|---|
| Brut mensuel | 2 854,64 € |
| Cotisations salariales | 558,33 € |
| Net avant impôt | 2 296,31 € |
| Net imposable | 2 377,64 € |
| Prélèvement à la source de référence | Environ 129 € |
| Net versé dans cette hypothèse fiscale | Environ 2 167 € |
La comparaison avec le privé demande la même prudence. Dans Insee Première n° 2079publié en octobre 2025 sur les salaires du secteur privé en 2024, l’Insee indique un salaire moyen de 3 602 € brut mensuel en équivalent temps plein, soit 2 733 € net. L’écart avec les 2 854,64 € brut de ce profil atteint environ 747 € par mois. Les populations, les primes, les régimes de retraite et les horaires ne sont pas identiques. Comparer ces montants sans regarder les lignes du bulletin, c’est mesurer deux paies avec une règle cassée.
Affectation et missions, les lignes qui bougent
Le profil provincial présenté reste volontairement sobre. Une indemnité de résidence peut ajouter 3 % du traitement en zone 1, 1 % en zone 2 et rien en zone 3. Avec le traitement indiciaire retenu, la zone 1 représenterait environ 56,27 € brut par mois.
Dans le barème retenu pour cette simulation, une affectation à Paris, Versailles ou en Corse peut ouvrir droit à une indemnité compensatoire pour sujétions spécifiques de 1 740 € par an, soit 145 € par mois lorsqu’elle est versée mensuellement. Cette ligne ne concerne pas les CRS dans la reconstitution présentée.
L’indemnité de fidélisation en secteur difficile progresse avec la durée d’affectation. Le montant indiqué commence à 202 € par an à partir de la troisième année et peut atteindre 1 805 € à partir de la onzième année pour un agent opérationnel du corps d’encadrement et d’application, avec une majoration propre à l’Île-de-France.
Les CRS disposent d’un autre mécanisme, l’indemnité journalière d’absence temporaire. Elle est fixée à 45,32 € par tranche de 24 heures de déplacement en métropole. Une mission longue peut donc modifier nettement le montant perçu sur un mois donné. Même grade, autre bulletin.
Les heures supplémentaires ajoutent une autre variable. Le barème utilisé les plafonne à 25 heures par mois. Le traitement annuel de 22 506,96 €, divisé par 1 820 heures, donne une base horaire de 12,37 €. Les quatorze premières heures supplémentaires sont alors valorisées à 15,46 € l’heure. Le coefficient suivant porte le montant à 1,27 fois la base, avec des majorations possibles pour la nuit et le dimanche.
Une heure supplémentaire inscrite dans un compteur ne devient pas automatiquement une somme versée le même mois. Selon les règles applicables et l’organisation du service, elle peut donner lieu à une indemnisation ou à une récupération. Elle est donc exclue du brut de 2 854,64 € présenté ici. Ça négocie sévère sur les chiffres, mais le compteur d’heures ne négocie rien.
La carrière grimpe, mais pas à la même vitesse
Dans la trajectoire retenue, le passage de l’échelon 3 à l’échelon 6 demande environ cinq ans et demi. L’indice majoré passe de 381 à 415, et le traitement progresse de 1 875,58 € à 2 042,95 € brut, soit environ 8,9 %. Comme l’ISSP est calculée sur le traitement, elle augmente elle aussi d’environ 48 €.
À l’échelon terminal de cette trajectoire, atteint après environ 26 ans de carrière, le traitement indiciaire atteint 2 618,92 €. La hausse approche 40 % par rapport à l’échelon 3, avant les primes liées à l’affectation, aux horaires ou aux responsabilités.
La promotion de grade produit un écart plus net. Dans la grille supérieure utilisée pour la comparaison, un premier échelon à l’indice majoré 478 correspond à 2 353,09 € de traitement et à 670,63 € d’ISSP. L’ancienneté ne fait donc pas tout : le changement de grade et certaines fonctions peuvent modifier davantage le bulletin.
Pour lire une fiche de paie policier, il faut relever le grade, l’échelon, l’affectation et les sujétions du mois. Entre province et région parisienne, entre jour et nuit, entre service courant et mission de CRS, le même grade peut afficher deux nets différents. Demander combien gagne un gardien de la paix sans préciser ces lignes, c’est laisser le bulletin répondre à moitié.
Sources et références scientifiques
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