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Indemnité de rupture conventionnelle : quand est-elle imposable en 2025-2026, et à quelle hauteur ?

SamuelPar Samuel17 juin 2026Aucun commentaire18 Minutes de Lecture
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Rupture conventionnelle : un million de ruptures par an, des montants qui pèsent lourd sur l’impôt

En 2023, les services statistiques du ministère du Travail ont recensé autour d’un million de ruptures conventionnelles homologuées, un niveau qui reste très élevé depuis plusieurs années. Selon une étude publiée par Cadremploi, un cadre touche en médiane 5 280 euros d’indemnité spécifique quand un employé tourne plutôt autour de 1 000 euros. Ces montants ne sont pas neutres sur la feuille d’impôt, surtout avec le prélèvement à la source.

Sur le terrain, beaucoup de salariés découvrent trop tard que leur indemnité est en partie imposable, ou se fient à des idées fausses du type « la rupture conventionnelle n’est pas imposée » ou « tout est exonéré si on ne prend pas sa retraite ». C’est inexact. Le régime fiscal repose sur l’article 80 duodecies du Code général des impôts, mis à jour régulièrement, et sur un jeu de plafonds indexés sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), qui atteindra 288 360 euros pour 6 PASS en 2026 selon les chiffres publiés par l’Urssaf et repris par Cadremploi.

Voici un décryptage complet, chiffré, des règles applicables en 2025-2026, avec des cas concrets et les pièges qui coûtent cher en impôt et en cotisations sociales.

Business professional reviewing financial documents and tax calculations
Photo : MART PRODUCTION / Pexels

Le principe de base : en droit fiscal, une indemnité de rupture est un salaire (sauf régime dérogatoire)

Le point de départ est brutal mais clair. L’article 80 duodecies du CGI pose le principe suivant : toute indemnité versée à l’occasion de la rupture d’un contrat de travail est imposable comme un salaire. C’est la règle brute, avant application des exonérations spéciales prévues pour les licenciements et, par extension, pour la rupture conventionnelle individuelle.

Le site officiel impots.gouv.fr rappelle que les indemnités perçues lors de la rupture d’un contrat (démission, licenciement, mise à la retraite, rupture amiable) entrent, en principe, dans la catégorie des traitements et salaires. L’administration distingue ensuite ce qui ouvre droit à une exonération (indemnité de licenciement, rupture conventionnelle, plan social, etc.) et ce qui est intégralement imposable.

La rupture conventionnelle individuelle suit le même régime fiscal que l’indemnité de licenciement, comme l’expliquent Cadremploi, Fiscaloo ou encore plusieurs cabinets d’avocats spécialisés en droit social. La loi ne crée pas une catégorie fiscale autonome « indemnité de rupture conventionnelle ». Elle applique au contraire le régime des indemnités de licenciement à cette indemnité spécifique, tant que certaines conditions sont remplies.

Conséquence concrète : sans ces règles d’exonération, votre indemnité serait taxée dès le premier euro au barème progressif de l’impôt. Les exonérations agissent comme une dérogation, encadrée par des plafonds chiffrés que l’on va détailler.

Le critère clé oublié par beaucoup : avez-vous droit à une pension de retraite ?

Avant même de parler de calcul, il faut poser la question qui change tout : êtes-vous en droit de percevoir une pension de retraite d’un régime légalement obligatoire (régime de base, fonction publique, etc.) au moment de la rupture ? Ce n’est pas une question théorique : la réponse conditionne parfois l’exonération totale, la taxation partielle ou la taxation à 100 %.

Cas 1 : vous avez droit à une pension de retraite

Lorsque le salarié a l’âge légal et toutes les conditions pour liquider une pension de retraite dans un régime obligatoire, les textes et la doctrine fiscale sont clairs : l’indemnité de rupture conventionnelle est imposable à 100 % au titre de l’impôt sur le revenu. Cadremploi, Hellowork et plusieurs sites spécialisés en fiscalité reprennent cette règle de façon constante.

Concrètement, si vous avez 64 ans, que vous pourriez liquider votre retraite de base et que vous signez une rupture conventionnelle, l’indemnité spécifique sera intégralement taxée au barème progressif. Peu importe son montant et peu importe les règles d’exonération liées aux licenciements. Le fisc considère que la somme prend la place d’un départ à la retraite.

En pratique, cela change les arbitrages. Pour un salarié proche de la retraite, une indemnité « généreuse » peut s’écrouler net d’impôt. Un simulateur d’impôt devient indispensable dans la négociation, faute de quoi la désillusion arrive lors du premier avis d’imposition.

Cas 2 : vous n’avez pas droit à une pension de retraite

Si vous ne pouvez pas encore prétendre à une retraite (âge, trimestres, ou simple impossibilité de liquider), vous entrez dans le régime d’exonération aligné sur le licenciement. C’est la situation la plus fréquente pour les cadres de 35 à 55 ans qui quittent un poste par accord amiable.

Dans ce cas, l’indemnité de rupture conventionnelle est en partie exonérée d’impôt, selon trois plafonds qu’il faut comparer. La logique est simple : on prend le plafond le plus élevé des trois, et la fraction de l’indemnité située en dessous de ce plafond échappe à l’impôt sur le revenu. Le reste est imposable comme un salaire.

Calculator, tax forms and salary paperwork on a desk
Photo : Leeloo The First / Pexels

Les trois plafonds d’exonération fiscale : comment calculer la partie imposable de l’indemnité

Pour une rupture conventionnelle individuelle, les sites Cadremploi, Fiscaloo, Legalstart ou encore le portail service-public rappellent le même schéma, issu de l’article 80 duodecies du CGI. L’exonération d’impôt sur le revenu porte sur la fraction de l’indemnité qui ne dépasse pas le plus élevé des trois montants suivants :

  • Le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement,
  • 50 % de l’indemnité totale perçue, dans la limite de 6 PASS (soit 282 600 euros en 2025 et 288 360 euros en 2026 d’après les chiffres relayés par Cadremploi),
  • 2 fois le montant du revenu brut annuel du salarié perçu l’année civile précédant la rupture, toujours plafonné à 6 PASS.

Cadremploi résume très clairement la règle : une indemnité égale à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement est intégralement exonérée d’impôt. Dès que vous allez au-dessus, il faut passer par ce calcul en trois plafonds.

Exemple chiffré 1 : cadre à 60 000 euros bruts annuels, indemnité de 40 000 euros

Salarié en CDI, 10 ans d’ancienneté, rémunération brute annuelle 60 000 euros, indemnité de rupture conventionnelle de 40 000 euros, pas de droit à la retraite.

  • Indemnité légale de licenciement (ordre de grandeur) : pour 10 ans, environ 1/4 de mois par année d’ancienneté selon la règle légale, soit 2,5 mois de salaire, donc autour de 12 500 euros si le salaire de référence est de 5 000 euros. On prend ce montant réel en pratique.
  • 50 % de l’indemnité totale : 20 000 euros.
  • 2 fois le revenu brut annuel : 120 000 euros, plafonné à 6 PASS. On reste largement en dessous de 6 PASS, donc le plafond retenu pour ce critère est bien 120 000 euros.

On compare les trois plafonds : 12 500 euros, 20 000 euros, 120 000 euros. Le plus élevé est 120 000 euros. L’indemnité perçue, 40 000 euros, est entièrement située en dessous. Résultat : la totalité de l’indemnité est exonérée d’impôt sur le revenu. Seules les autres sommes liées à la rupture (congés payés, etc.) restent taxées.

Exemple chiffré 2 : cadre à 120 000 euros bruts annuels, indemnité de 200 000 euros

Salarié à 120 000 euros bruts annuels, pas encore à la retraite, indemnité de rupture conventionnelle de 200 000 euros.

  • Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, selon sa convention, imaginons 40 000 euros,
  • 50 % de l’indemnité totale : 100 000 euros,
  • 2 fois le revenu annuel brut : 240 000 euros, plafonné à 6 PASS. Là encore, le plafond de 6 PASS (282 600 euros en 2025, 288 360 en 2026) n’est pas atteint, donc le troisième plafond est 240 000 euros.

Le plus élevé des trois plafonds est 240 000 euros. L’indemnité de 200 000 euros est inférieure à 240 000 euros. Résultat : l’indemnité est intégralement exonérée d’impôt sur le revenu.

Dans ces deux exemples, l’exonération reste totale car l’indemnité ne dépasse pas le plafond le plus généreux. Dès que l’indemnité franchit ce plafond, la partie au-dessus devient imposable comme un salaire. Les cas où cela se produit concernent surtout les indemnités très élevées, les plans de départ négociés avec des cadres dirigeants ou les situations où les montants dépassent la barre des 6 PASS.

Ce qui est toujours imposable dans une rupture conventionnelle, même si l’indemnité est exonérée

Confusion fréquente : beaucoup de salariés mélangent indemnité de rupture conventionnelle spécifique et autres sommes versées à la fin du contrat. L’exonération dont on parle vise uniquement l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle, dans la limite des plafonds. Les autres éléments versés à la rupture restent fiscalement traités comme des salaires.

Selon impots.gouv.fr, Cadremploi et Hellowork, les sommes suivantes sont toujours imposables à 100 % :

  • L’indemnité compensatrice de congés payés,
  • Les jours de RTT ou de compte épargne temps payés lors du départ,
  • Les primes annuelles versées au prorata du temps de présence (13e mois, bonus, intéressement non placé sur un plan d’épargne salariale quand il est versé en numéraire),
  • L’indemnité de non-concurrence, sauf cas très spécifiques de requalification.

Ces montants sont ajoutés à vos salaires dans la rubrique « traitements et salaires » de la déclaration de revenus. Ils entrent dans l’assiette du prélèvement à la source et viennent gonfler le revenu imposable de l’année de la rupture. Un salarié qui touche, par exemple, 25 jours de congés payés non pris, un bonus proratisé et une indemnité de non-concurrence peut voir ses revenus de l’année bondir de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Dans les négociations, certains DRH insistent sur le montant total versé « tout compris ». Au plan fiscal, la seule question utile est : quelle part relève de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle, seule éligible aux règles d’exonération, et quelle part reste imposée comme un salaire classique.

Two colleagues discussing an employment agreement in an office
Photo : www.kaboompics.com / Pexels

Rupture conventionnelle collective : un régime fiscal beaucoup plus favorable

Depuis l’ordonnance du 22 septembre 2017, les ruptures conventionnelles collectives ont leur propre cadre juridique, avec accord collectif homologué par l’administration. Sur le plan fiscal, le traitement est nettement plus avantageux pour le salarié que celui d’une rupture conventionnelle individuelle.

Selon Cadremploi, Fiscaloo, la vidéo pédagogique publiée par l’administration fiscale et la fiche service-public, l’indemnité versée dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective est exonérée en totalité d’impôt sur le revenu, sans limitation de montant. Les plafonds de 50 %, 2 fois le salaire ou 6 PASS ne s’appliquent pas ici.

Peuvent aussi être totalement exonérées :

  • les indemnités versées dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE),
  • les indemnités versées à l’issue d’un congé de mobilité,
  • les indemnités versées en cas de cessation forcée de fonctions, par exemple dans certaines ruptures imposées,
  • les dommages et intérêts alloués par un juge en cas de licenciement nul ou abusif.

Le fisc assimile ces indemnités à des sommes destinées à l’accompagnement ou au reclassement et non à une rémunération. C’est un point majeur pour les cadres qui négocient un départ dans le cadre d’un accord collectif : la qualification juridique de la rupture (individuelle homologuée ou collective) change complètement la facture fiscale.

En revanche, même dans une rupture conventionnelle collective, certaines sommes accessoires restent imposables, par exemple les congés payés compensés. La prudence s’impose donc sur la ventilation des montants.

Fiscalité sociale : cotisations, CSG-CRDS et contribution patronale de 40 %

L’impôt sur le revenu ne raconte qu’une partie de l’histoire. L’autre face est sociale, avec des règles de cotisations et de CSG-CRDS qui influent sur ce que vous touchez net et sur ce que l’entreprise paie réellement. L’Urssaf, le Code de la sécurité sociale et les fiches de l’administration détaillent ces règles. Cadremploi, Legalstart ou Fiscaloo les synthétisent.

Cotisations sociales sur l’indemnité de rupture conventionnelle individuelle

Pour une rupture conventionnelle individuelle, l’indemnité spécifique est exonérée de cotisations sociales (part salariale et patronale de Sécurité sociale) dans la limite du plus faible des deux montants suivants, selon Cadremploi et l’Urssaf :

  • La fraction qui n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu,
  • 2 fois le PASS en vigueur à la date du versement, soit 94 200 euros en 2025 et 96 120 euros en 2026.

Au-delà de ce plafond, la partie excédentaire est soumise aux cotisations sociales classiques. Depuis 2017, si l’indemnité totale dépasse 10 PASS (471 000 euros en 2025, 480 600 euros en 2026), l’indemnité est entièrement soumise aux cotisations sociales. L’Urssaf confirme ce seuil dans ses fiches employeur.

CSG-CRDS sur l’indemnité

La CSG et la CRDS suivent une autre logique. Selon l’avocat fiscaliste du cabinet CHG Avocats et l’Urssaf, l’indemnité de rupture conventionnelle n’est pas soumise à la CSG-CRDS dans la limite du plus petit des montants suivants :

  • la part de l’indemnité exonérée de cotisations sociales,
  • le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.

Au-delà, la CSG-CRDS (taux global autour de 9,7 %) s’applique sur la partie excédentaire. Si l’indemnité dépasse 10 PASS, elle est totalement soumise à cotisations sociales et à CSG-CRDS, comme le rappelle l’Urssaf.

Contribution patronale spécifique de 40 %

Sur la part de l’indemnité exonérée de cotisations sociales, l’employeur doit verser une contribution patronale spécifique de 40 %. Cette contribution figure noir sur blanc sur le site service-public pour les entreprises comme sur la fiche dédiée de l’Urssaf. Elle remplace l’ancien forfait social et renchérit le coût global de la rupture conventionnelle pour l’employeur.

Concrètement, pour une indemnité exonérée de cotisations sociales de 50 000 euros, l’employeur paie 20 000 euros au titre de cette contribution. L’indemnité « brut négociée » ne reflète donc pas le coût réel côté entreprise. Dans les négociations, ce point sert souvent de plafond implicite : beaucoup d’employeurs rechignent à franchir des seuils où les charges explosent.

Rupture conventionnelle collective et cotisations

Pour la rupture conventionnelle collective, l’indemnité est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS, selon Cadremploi et l’Urssaf. Au-delà, la fraction excédentaire supporte les cotisations. Là encore, lorsque l’indemnité dépasse 10 PASS, il n’y a plus aucune exonération sociale.

Ce maillage de règles fiscales et sociales crée un paysage très hétérogène : une même indemnité brute peut donner un net très différent selon qu’il s’agit d’une rupture individuelle ou collective, du montant, du niveau de salaire et de l’âge du salarié.

Indemnité de rupture conventionnelle dans la fonction publique : un régime spécifique

Depuis un décret de 2019, les agents publics peuvent, sous conditions, conclure une rupture conventionnelle. Le site Legalstart, complété par la fiche du service-public sur les agents, rappelle que l’indemnité suit une grille spécifique, différente du secteur privé.

Dans la fonction publique, l’indemnité minimale est calculée à partir du salaire mensuel brut de référence selon une grille en paliers :

  • Jusqu’à 10 ans d’ancienneté : 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté,
  • Entre 11 et 15 ans : 2/5 de mois de salaire brut par année,
  • Entre 16 et 20 ans : 1/2 mois de salaire brut par année,
  • Entre 21 et 24 ans : 3/5 de mois de salaire brut par année.

La fiscalité de cette indemnité publique s’aligne, dans ses grandes lignes, sur la fiscalité du secteur privé pour l’impôt sur le revenu, avec les mêmes références à l’article 80 duodecies. L’Urssaf précise que les agents publics restent soumis au même type de limites de PASS pour les exonérations sociales.

Un agent à mi-carrière qui part via rupture conventionnelle dans la fonction publique a donc un enjeu fiscal similaire à celui d’un cadre du privé, même si les règles de calcul de l’indemnité diffèrent.

Comment déclarer l’indemnité de rupture conventionnelle aux impôts : cases, préremplissage, erreurs fréquentes

L’administration fiscale préremplit maintenant la grande majorité des déclarations, ce qui rassure certains contribuables. Pour les indemnités de rupture, cette automatisation n’est pas toujours parfaite. Le site impots.gouv.fr explique que la fraction imposable de l’indemnité de rupture conventionnelle figure en principe dans les cases 1AJ à 1DJ de la déclaration n°2042, dans la rubrique « Traitements et salaires ».

Les bonnes pratiques issues des retours de terrain et des conseils des fiscalistes sont claires :

Person filling out an online tax return on a laptop
Photo : Nataliya Vaitkevich / Pexels
  • Comparer le montant porté par l’employeur dans la DSN (et donc dans votre déclaration préremplie) avec l’attestation fiscale remise lors de la rupture. Des erreurs de ventilation entre partie exonérée et partie imposable arrivent, surtout sur de gros départs.
  • Vérifier que la fraction exonérée n’a pas été intégrée par erreur dans les traitements et salaires. Dans ce cas, il faut corriger manuellement la déclaration et, si besoin, joindre un commentaire dans l’espace dédié.
  • Pour les indemnités qualifiées de « revenus exceptionnels », l’administration prévoit l’usage de la case 0XX pour demander, sous certaines conditions, l’application du système du quotient. Ce mécanisme lisse l’impact de l’indemnité sur l’impôt en répartissant fictivement le revenu sur plusieurs années. Le recours au quotient se discute avec un conseiller fiscal quand le montant est élevé.

Les erreurs les plus coûteuses surviennent lorsque le salarié ne distingue pas indemnité spécifique de rupture et autres indemnités, ou quand l’indemnité devrait être exonérée car elle respecte les plafonds, mais a été déclarée dans son intégralité par l’employeur. Le fisc ajuste rarement spontanément à la baisse sans que le contribuable ne signale la situation.

Exemples concrets de négociation : fiscalité, seuils et marge de manœuvre réelle

Une négociation de rupture conventionnelle ne se joue pas seulement sur un montant brut affiché en bas de la lettre d’accord. Elle se joue sur le net après impôt et sur l’impact sur les droits au chômage. Beaucoup de cadres acceptent un chiffre rond psychologiquement satisfaisant, par exemple « 50 000 euros », sans regarder à quel endroit ce montant se situe par rapport aux plafonds fiscaux et sociaux.

Exemple : pousser juste avant un seuil de cotisations

Un salarié à 70 000 euros annuels, 15 ans d’ancienneté, obtient une proposition d’indemnité de 90 000 euros. Les plafonds à regarder :

  • 2 fois le salaire annuel : 140 000 euros. L’indemnité de 90 000 euros reste en dessous, donc possibilité d’exonération fiscale totale si les trois plafonds le confirment.
  • 2 PASS en 2025 : 94 200 euros. L’indemnité est proche de ce seuil pour les exonérations sociales. Si l’indemnité passait à 100 000 euros, la fraction au-dessus de 94 200 euros serait soumise à cotisations sociales.

La marge de négociation intelligente consiste parfois à viser un montant qui reste juste sous le seuil de 2 PASS pour éviter un dérapage des cotisations sociales tout en maximisant le net pour le salarié. Sans ce travail fin, l’employeur augmente l’indemnité sur le papier mais une part de plus en plus grande part dans les cotisations.

Exemple : éviter la fiscalisation totale en fin de carrière

Un cadre de 62 ans, avec un salaire élevé, proche des conditions de retraite, négocie une rupture conventionnelle. Si au moment de la rupture il a déjà acquis le droit de liquider sa retraite, son indemnité est imposable à 100 %. Une stratégie parfois utilisée consiste à décaler la date de rupture avant l’ouverture de ce droit ou à envisager un autre mode de rupture selon les situations juridiques, sujet qui appelle cependant un conseil juridique personnalisé.

Sans cette anticipation, une indemnité de départ « confortable » se transforme en revenu fiscal sur une seule année, avec un saut de tranche d’imposition qui peut dépasser 10 points.

Conclusion : fiscalité de la rupture conventionnelle, un sujet à traiter comme un deal financier complet

Une indemnité de rupture conventionnelle, ce n’est pas un chiffre dans un coin d’accord. C’est un paquet fiscal et social qui dépend de votre âge, de votre salaire, de votre ancienneté, du type de rupture (individuelle ou collective) et de la date de départ. L’article 80 duodecies du CGI, les plafonds de 50 %, 2 fois le salaire et 6 PASS, les seuils de 2 et 10 PASS en matière sociale, la contribution patronale de 40 %, tout cela forme un cadre rigide dans lequel se joue la négociation.

Pour un cadre, l’écart entre un bon et un mauvais deal se mesure en dizaines de milliers d’euros net. Un arrangement qui paraît généreux côté brut peut se révéler décevant après impôt, surtout en fin de carrière ou sur une année déjà chargée en revenus variables. Face à un employeur qui connaît ces règles, arriver à la table avec une simple intuition fiscale revient à négocier à l’aveugle.

Avant de signer, il faut donc faire trois choses : vérifier si l’on a droit à une retraite, simuler la fraction exonérée et la fraction imposable, et identifier les seuils de PASS qui déclenchent des cotisations supplémentaires. Le reste, c’est du rapport de force et de la discussion. Mais au moins, vous savez sur quel terrain vous vous situez, et combien le fisc prélèvera sur ce départ « à l’amiable ».

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Moi c'est Samuel, je suis diplômé dans les ressources humaines et j'ai travaillé des dizaines d'années. J'ai créé ce blog pour vous aider à avancer dans la vie professionnelle et dans la vie privée !

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