Un point de revalorisation non appliqué créerait un écart de 15 euros par mois sur une pension nette de 1 500 euros. Le calcul reste toutefois conditionné par la ligne de pension visée et par le texte finalement adopté.
Le terme paraît technique. L’arithmétique, elle, est beaucoup plus terre à terre : si une pension de 1 500 euros n’obtient pas 1 % de revalorisation, l’écart atteint 15 euros chaque mois, soit 180 euros sur douze mois. Ça chiffre vite, même quand la ligne bancaire ne baisse pas.
Au 18 août 2026, aucun dispositif précis n’était voté, aucun décret ne fixait de taux et aucune modalité définitive ne permettait de calculer une perte individuelle. On peut donc mesurer un écart de revalorisation, pas annoncer une ponction certaine.
Désindexation, le mot qui mord sur le pouvoir d’achat
Une pension revalorisée suit normalement une règle liée à l’évolution des prix. La désindexation consiste à rompre totalement ou partiellement ce lien : la pension peut rester stable ou progresser moins vite que l’inflation. Le montant versé ne diminue donc pas forcément en euros courants, mais il achète moins de biens et de services.
Le Code de la sécurité sociale prévoit que les pensions de base sont revalorisées à partir de l’inflation constatée par l’Insee, selon une moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac. La hausse versée en janvier reflète ainsi une période passée, pas exactement les prix observés au moment du paiement.
Le vrai sujet n’est pas le montant inscrit sur le relevé, mais le niveau de prix auquel ce montant doit faire face.
Un point de moins, l’addition s’installe
La formule qui ne demande pas un doctorat en tableur
Pour mesurer un point de revalorisation manquant, il faut prendre la pension nette concernée et la multiplier par 1 %. Une pension de 1 000 euros donne donc 10 euros par mois d’écart. À 2 000 euros, l’écart atteint 20 euros par mois. Le calcul porte sur la part de pension soumise à la mesure, pas automatiquement sur le total reçu. Pas besoin de sortir la calculette scientifique.
| Pension concernée | Écart mensuel | Écart sur un an | Plancher sur cinq ans |
|---|---|---|---|
| 1 000 euros | 10 euros | 120 euros | 600 euros |
| 1 500 euros | 15 euros | 180 euros | 900 euros |
| 2 000 euros | 20 euros | 240 euros | 1 200 euros |
| 2 500 euros | 25 euros | 300 euros | 1 500 euros |
La colonne sur cinq ans constitue un plancher : elle suppose que la pension reste ensuite au même niveau nominal et qu’aucune inflation supplémentaire ne creuse l’écart. Si les revalorisations reprennent sur une pension déjà moins élevée, l’écart en euros peut continuer à s’accroître.
Un gel n’a donc pas le même effet qu’un prélèvement unique. Il modifie le point de départ des revalorisations suivantes. L’écart peut rester présent même après le retour à une indexation normale, sauf nouvelle mesure de rattrapage.
Deux étages, une pension, le piège du total
Un ancien salarié du privé perçoit généralement une retraite composée d’une pension de base et d’une retraite complémentaire. Une mesure budgétaire visant la retraite de base ne bloque pas automatiquement la complémentaire, qui possède son propre régime et son propre calendrier. Le relevé de pension adore les petites lignes.
Pour calculer l’effet d’une désindexation de la retraite de base, il faut donc isoler cette ligne. Appliquer 1 % au total de 1 500 euros serait faux si la pension de base ne représente qu’une partie de cette somme. Le résultat dépend de la carrière, du statut et des régimes auxquels la personne a cotisé.
Le cas des agents contractuels de la fonction publique demande une autre lecture. Leur complémentaire Ircantec est revalorisée au 1er janvier dans les mêmes conditions que les retraites du régime général. Les deux composantes peuvent alors évoluer ensemble, selon les calendriers publiés par le portail inter-régimes Info Retraite.
Une moyenne de pension ne suffit pas : il faut savoir quelle ligne du relevé est concernée.
Le calendrier a ses petites lignes
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait un gel des pensions de retraite de base. La mesure a été supprimée pendant l’examen à l’Assemblée nationale, puis la loi a été adoptée le 16 décembre 2025 sans ce gel.
Les pensions de retraite de base ont donc été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026, conformément à la règle légale. Le taux a été fixé par l’instruction interministérielle DSS/3A/DB/6BRS/2025/174 du 15 décembre 2025. La fiche de Service-Public consacrée à la revalorisation du 1er janvier 2026 en rappelle l’application.
Ce taux ne se compare pas directement à chaque chiffre d’inflation mensuel. L’Insee a publié une progression annuelle de l’indice des prix à la consommation, tabac compris, de 0,88 % au quatrième trimestre 2025, contre 1,02 % au troisième trimestre et 0,82 % au deuxième. La règle des retraites utilise toutefois une moyenne annuelle hors tabac, ce qui explique les écarts entre les indicateurs.
La France a déjà utilisé des coefficients différenciés. Les barèmes historiques recensés par l’Institut des politiques publiques montrent qu’au 1er janvier 2020, cinq coefficients de revalorisation avaient été appliqués selon le montant total de retraite de base et de complémentaire. L’écart entre le haut et le bas du barème atteignait 0,7 point; sur 2 500 euros mensuels, cela représentait environ 17 euros par mois.
En janvier 2019, la revalorisation avait été limitée à 0,3 % par l’article 68 de la loi de financement de la Sécurité sociale. Ces précédents ne permettent pas de déduire la prochaine mesure, mais ils montrent qu’un taux uniforme n’est pas la seule mécanique possible.
Les scénarios jouent à cache-cache

Les pistes évoquées en 2026 se distinguent principalement par leur périmètre. Un gel général toucherait toutes les pensions de base selon la règle retenue. Une sous-indexation appliquerait une hausse inférieure à l’inflation. Une mesure ciblée pourrait épargner les pensions les plus modestes et retenir un seuil pour les autres.
Le seuil, le revenu pris en compte et la définition d’une pension dite élevée restent déterminants. Une limite fondée sur la pension mensuelle ne donne pas le même résultat qu’une limite calculée sur le revenu fiscal de référence du foyer. Dans le premier cas, la composition du ménage et les autres ressources peuvent être ignorées; dans le second, elles entrent dans le calcul.
Un montant annoncé pour les finances publiques ne correspond pas à la perte de chaque retraité. Une économie globale additionne des millions de situations différentes, tandis que le relevé individuel permet seul de connaître la part réellement exposée. Confondre les deux, c’est demander à une calculette de faire de la politique budgétaire.
Le relevé, juge de paix du calcul
Ligne par ligne, pas au doigt mouillé
- Repérer le montant net mensuel de chaque régime sur le relevé de pension.
- Identifier la part visée par le scénario : retraite de base, complémentaire ou ensemble des régimes.
- Comparer la revalorisation attendue avec le taux effectivement appliqué, puis convertir l’écart en points.
- Multiplier la pension concernée par 1 % pour chaque point manquant.
- Projeter l’écart sur douze mois, puis sur plusieurs années en gardant à l’esprit que les hausses futures peuvent s’appliquer à une base déjà plus faible.
Le montant net réellement reçu constitue le meilleur point de départ pour mesurer le pouvoir d’achat disponible. Il faut ensuite tenir compte des prélèvements sociaux et de l’impôt sur le revenu : une variation de pension peut modifier le revenu imposable et donc le montant final conservé par le foyer.
Pour une pension de 1 500 euros, le repère est simple : 15 euros par mois pour un point d’écart, 30 euros pour deux points, 45 euros pour trois. Le reste dépend de la ligne concernée et du texte adopté. Le jargon budgétaire peut attendre; le relevé de pension, lui, mérite une calculette.
Sources et références scientifiques
- Martin Geffrault. Désindexation des retraites : combien tu perds par mois. 2026.
- Mathieu. Retraites désindexées : combien perdrait vraiment un retraité moyen selon les pistes à l’étude. 2026.
