De 1 867 euros brut mensuels pour un commis rattrapé par le SMIC à 4 265 euros au niveau V échelon 3, la rémunération dépend du classement, des heures et des compléments prévus. Entre 35 et 39 heures, l’addition ne mijote pas pareil.
La toque et le taux, le vrai départ
Un cuisinier salarié relève généralement de la convention collective nationale des hôtels, cafés et restaurants, identifiée par l’IDCC 1979. Cette convention classe les emplois en cinq niveaux et trois échelons par niveau. Elle fixe un minimum de rémunération, pas un salaire moyen ni un plafond de négociation.
Pour les montants présentés ici, la grille repose sur l’avenant n°33 du 19 juin 2024, étendu par arrêté du 5 novembre 2024 et applicable depuis le 1er décembre 2024. Le bulletin de paie doit indiquer la convention collective ou son identifiant. Une cantine scolaire, un restaurant d’entreprise ou une cuisine d’hôpital peut relever de la restauration collective, souvent rattachée à l’IDCC 1266, avec d’autres règles.
Le menu des niveaux, du commis au chef
Depuis le 1er juin 2026, le SMIC brut horaire est fixé à 12,31 euros, soit 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures. Le Code du travail numérique rappelle la règle appliquée lorsque le minimum conventionnel est inférieur au SMIC : l’employeur doit retenir le montant légal le plus favorable au salarié.
Les trois échelons du niveau I et le niveau II échelon 1 sont donc rattrapés par le SMIC. Un commis débutant et un salarié classé au premier échelon du niveau II peuvent avoir le même plancher légal, malgré des taux conventionnels différents. La classification reste le repère de progression dès que le taux conventionnel dépasse le SMIC.
| Niveau | Taux horaires bruts des trois échelons | Repères de poste | Minimum mensuel brut en 35 heures |
|---|---|---|---|
| I | 12,00 euros, 12,08 euros, 12,18 euros | Commis, aide de cuisine, plongeur | 1 867 euros avec le SMIC |
| II | 12,28 euros, 12,55 euros, 13,17 euros | Cuisinier qualifié, cuisinier confirmé | 1 867 à environ 1 997 euros |
| III | 13,32 euros, 14,00 euros, 15,00 euros | Chef de partie, salarié autonome | Environ 2 019 à 2 275 euros |
| IV | 15,40 euros, 16,00 euros, 17,00 euros | Chef de cuisine, responsable d’équipe | Environ 2 336 à 2 578 euros |
| V | 18,43 euros, 21,00 euros, 28,12 euros | Fonctions de direction ou d’encadrement supérieur | Environ 2 795 à 4 265 euros |
Les montants mensuels sont calculés sur 151,67 heures. Ce sont des planchers. Un hôtel, une brasserie ou un restaurant gastronomique peut proposer davantage pour recruter un chef de partie expérimenté, stabiliser une brigade ou compenser des horaires difficiles.
Le commis ne doit pas cuire sous le plancher
Le niveau I correspond aux emplois d’entrée dans le métier. Le passage à un niveau supérieur doit suivre les compétences utilisées : préparation autonome, maîtrise des règles d’hygiène, gestion d’un poste, transmission des consignes ou encadrement. Le diplôme compte, mais il ne résume pas à lui seul le contenu du travail.
Un cuisinier classé au niveau II échelon 2 dispose d’un minimum conventionnel de 12,55 euros brut de l’heure, soit environ 1 903 euros brut mensuels en 35 heures. Au niveau III échelon 1, le plancher atteint 13,32 euros, soit près de 2 019 euros brut. Le niveau V échelon 3 porte le maximum de la grille à 4 265 euros environ, mais ce montant correspond à des fonctions de direction ou d’encadrement supérieur. Ce n’est pas le salaire automatique d’un chef de cuisine.
35 ou 39 heures, la recette change
La durée légale du travail reste fixée à 35 heures par semaine. Dans l’hôtellerie-restauration, un contrat peut prévoir 39 heures, avec quatre heures supplémentaires structurelles chaque semaine. Selon les règles conventionnelles HCR, les heures de la 36e à la 39e sont majorées de 10 %, celles de la 40e à la 43e de 20 %, puis les suivantes de 50 %.
Au niveau du SMIC fixé au 1er juin 2026, quatre heures supplémentaires hebdomadaires représentent environ 235 euros brut de plus par mois. Le brut passe ainsi d’environ 1 867 euros en 35 heures à près de 2 102 euros en 39 heures, avant cotisations et prélèvement à la source. Ce calcul suppose que les heures sont déclarées et rémunérées.
La branche prévoit un contingent annuel de 360 heures supplémentaires dans les établissements permanents et de 90 heures par trimestre civil pour les saisonniers. Les quatre heures peuvent être intégrées au salaire mensuel, à condition que le contrat et le bulletin de paie permettent de les identifier. Sinon, ça coince vite au moment de vérifier les heures réalisées.
Repas, primes et pourboires, la garniture de paie

Le repas est un élément particulier de la rémunération HCR. Au 1er juin 2026, l’avantage en nature repas est valorisé à 4,35 euros par repas. Avec deux repas par jour travaillé et 22 jours de présence, sa valeur comptable approche 191 euros sur le mois. Cette somme entre dans le traitement social de la paie, mais elle ne correspond pas à 191 euros versés en espèces.
Lorsque les conditions de l’activité ouvrent droit au repas, l’employeur doit le fournir ou appliquer la compensation prévue. Le bulletin peut alors faire apparaître une ligne d’avantage en nature, puis une déduction liée au repas consommé. Il faut distinguer le salaire versé en argent de la valeur du repas pris sur place.
La convention HCR ne prévoit pas de prime d’ancienneté nationale automatique. Une prime inscrite sur la fiche de paie peut venir d’un accord d’entreprise, d’un usage ou d’une décision de l’employeur. Elle ne suit donc pas nécessairement le salarié lorsqu’il change d’établissement.
Les pourboires volontaires peuvent être redistribués à la brigade, y compris en cuisine, selon les règles sociales et fiscales applicables. Ils ne garantissent pas un montant fixe. Avant de les intégrer à une comparaison d’offres, demandez la règle de partage, la fréquence de versement et leur présence sur le bulletin de paie.
Du brut au net, la fiche passe en salle
Pour un cuisinier non-cadre, une conversion rapide autour de 77 à 78 % du brut donne environ 1 438 à 1 456 euros net avant prélèvement à la source sur un minimum de 1 867,02 euros brut. Cette estimation varie avec la mutuelle, la prévoyance, les heures supplémentaires, les primes, le statut et le taux personnalisé d’impôt.
Le net affiché dans une annonce mérite donc une vérification. Demandez si le montant inclut les quatre heures de la 36e à la 39e, les repas, une prime de coupure, les pourboires ou un logement. Une rémunération de 2 400 euros brut en 35 heures n’a pas le même contenu qu’un montant proche pour 39 heures avec deux services quotidiens.
Le type d’établissement modifie aussi la rémunération réelle. Restauration commerciale, hôtellerie, brasserie, restaurant gastronomique et restauration collective n’ont ni les mêmes horaires ni les mêmes compléments. La grille HCR donne un plancher; elle ne permet pas, à elle seule, de déduire le salaire effectivement négocié.
Changer de cuisine, changer l’addition
Pour négocier, partez de trois éléments vérifiables : votre niveau conventionnel, le nombre d’heures et les compléments effectivement garantis. Un poste qui comporte de l’autonomie, la gestion d’un poste ou l’encadrement d’un collègue ne se compare pas à une fonction limitée aux préparations confiées.
La question peut rester très concrète : « Je suis positionné à tel niveau, le contrat prévoit 39 heures, les repas sont-ils fournis et comment les pourboires sont-ils répartis? » Cela évite de négocier dans le brouillard, avec la promesse d’évolution rapide qui ressemble parfois à du flan.
Avant un entretien annuel, rassemblez vos horaires, vos responsabilités et les compétences acquises. Comparez ensuite le montant proposé avec le niveau, l’échelon, les heures supplémentaires et les compléments garantis. Sur la fiche de paie, chaque ligne finit par compter.
La toque donne le poste. La fiche de paie donne le détail. Et les quatre heures de plus ne disparaissent pas dans la sauce.
Sources et références scientifiques
- Martin Geffrault. Salaire cuisinier 2026 : grille HCR (IDCC 1979) par poste. 2026.
- ProRestauration.fr. Grille des salaires cuisiniers 2026 : de commis à chef de cuisine, minima CHR, brut/net, 35h et 39h. 2026.
- Travail-Industrie. Convention Collective HCR 2026 (IDCC 1979) : Grille de Salaires et Droits en Hôtellerie-Restauration. 2025.
- Grille de l'avenant n°33 du 19 juin 2024 (étendu par arrêté du 5 novembre 2024, JORF 9 novembre 2024), taux horaires bruts, texte sur Légifrance..
- Majorations propres à la branche HCR (avenant n°2 du 5 février 2007 et avenant n°19),..
- Avenant n°34 du 19 juin 2024, étendu par arrêté du 8 novembre 2024 (JORF 15 novembre 2024), texte sur Légifrance. Pour les autres événements familiaux (mariage, décès…), la loi est souvent plus favorable que la convention de 1997: c'est alors la durée légale qui s'applique..
- Article 13 de la CCN HCR (Légifrance).
- Article 30 de la CCN HCR (Légifrance). En cas de licenciement après 2 ans d'ancienneté, le minimum légal de 2 mois (article L1234-1 du Code du travail) s'applique car il est plus favorable que la durée conventionnelle..
- Fiche de paie Cuisinier Août 2026 – Simulateur gratuit.
- SalaireBrut-en-Net.fr. Convention Collective HCR 2026 : salaires hôtellerie-restauration. 2026.
